L’énormité des rémunérations de certains grands patrons provoque des réactions de plus en plus virulentes. Les médias s’emparent régulièrement du sujet, en mettant en exergue des cas extrêmes. Les associations patronales rédigent de nouvelles règles de gouvernance pour éviter des salaires excessifs des managers. Sur le fond, ces préceptes rejoignent les trois principes énoncés par Cepec en conclusion de l’article du manuel de mars 2006 (voir encadré en bas de page).
Sur le plan européen, les rémunérations suisses pointent en tête de liste. Ce qui frappe les esprits, ce sont généralement les rémunérations les plus élevées des très grandes entreprises. Toutefois, si l’on met la rémunération en relation avec le bénéfice de l’entreprise, ce sont surtout les grandes entreprises de dimension plus modeste où la rémunération la plus élevée apparaît la plus excessive, avec des proportions dépassant 2% du bénéfice à disposition des actionnaires.
Au cours des 5 dernières années, les rémunérations du Top Management ont fortement progressé en Suisse. A partir des niveaux considérables déjà atteints en 2005, la progression récente est cependant plus modérée, surtout si on la compare à la hausse spectaculaire des bénéfices. En termes relatifs, par rapport au bénéfice de l’entreprise, il y a même une baisse de la rémunération la plus élevée de l’entreprise.
Pour expliquer le niveau des rémunérations du Top Management, les entreprises suisses se réfèrent généralement à la comparaison avec les USA. En examinant attentivement les chiffres suisses et américains, en relation avec le chiffre d’affaires, on aboutit toutefois à des conclusions surprenantes. Contrairement aux idées reçues, les rémunérations les plus élevées des grandes entreprises suisses sont, pour une bonne part d’entre elles, déjà bien en ligne avec les tendances américaines. L’argument des rémunérations américaines pour justifier les hausses des rémunérations suisses est donc en voie de disparition. Avec la baisse accentuée du dollar, on pourrait même assister à un retournement de situation en faveur des rémunérations suisses.
Dans les rémunérations des grands patrons, les « Long Term Incentives », sous forme d’actions et d’options bloquées, tiennent une large part. Pour déterminer le niveau effectif de ces rémunérations, la valorisation correcte des LTI est particulièrement importante. Certains commentateurs contestent le principe de moins-value liée au blocage des actions et options. Ces contestations ne sont pas logiques, car elles confondent rémunération et investissement. Pour mettre ce phénomène en évidence, nous examinons en détail deux cas concrets, celui de Credit Suisse pour les options et celui de Novartis pour les actions.
L’adéquation des « incentives » avec les objectifs de l’entreprise est un élément essentiel pour assurer un bon développement durable de l’entreprise, au profit à la fois des managers et des actionnaires, tout comme des collaborateurs et de la société en général. En examinant la très grave mésaventure de UBS, liée à la crise des « sub-prime » américains, on peut sérieusement supposer que le système de bonus de sa banque d’affaires, trop axé sur le court terme, a contribué à négliger une estimation correcte des risques. L’analyse de ce cas nous amène à la conclusion qu’il est souhaitable que la rémunération du Top Management soit largement axée sur les LTI, avec un mix d’actions et d’options bloquées.